Depuis novembre 2024, les travailleurs·ses de Don’t Nod sont en lutte pour sauvegarder leurs emplois et atténuer la catastrophe sociale qu’est le plan de licenciements mis en œuvre par la direction du studio.
Nous maintenons que ce plan n’est que la tentative désespérée par la direction de remédier à ses propres errements qui ont conduit le studio dans une situation difficile. Les travailleurs·ses vont en faire les frais et se retrouvent pris en otage par le patronat qui ne donne le choix qu’entre un PSE destructeur et un avenir encore plus morose, puisqu’il est incapable de remettre en question sa gestion de l’entreprise.
Le mouvement social a culminé par la grève reconductible de près d’une centaine de travailleurs·ses du 13 au 17 janvier. La détermination des collègues à garder la tête haute et maintenir des revendications dignes a forcé la direction à ouvrir sérieusement le dialogue et arriver à un accord que nous détaillons ci-après.
Termes de l’accord
Plan initial de la direction
Le plan initial prévoyait la suppression de 69 postes, dans certaines catégories professionnelles données.
Les personnes en poste dans les catégories professionnelles visées pouvaient profiter d’un reclassement ou d’un départ volontaire en présentant un projet professionnel « solide » (nouvel emploi, création/reprise d’entreprise, formation).
Les personnes restantes à ces postes auraient ensuite été classées par des critères d’ordre afin de déterminer qui est licencié·e, s’il restait des postes à supprimer.
Tout départ aurait été indemnisé au minimum légal, c’est-à-dire à hauteur de l’Indemnité Conventionnelle de Licenciement (ICL) définie dans la convention collective SYNTEC :
- Concernant les ETAM :
- pour une ancienneté jusqu’à 10 ans : ¼ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
- pour une ancienneté égale ou supérieure à 10 ans : ⅓ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
- Concernant les Cadres :
- pour une ancienneté inférieure à 2 ans : ¼ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
- pour une ancienneté égale ou supérieure à 2 ans : ⅓ de mois de salaire brut pour chaque année de présence.
Les départs volontaires touchaient en plus une prime de 1 500€.
Ce que nous avons obtenu
En concertation avec les collègues mobilisé·es, notre délégation syndicale STJV a bataillé et a réussi à arracher :
Un élargissement des départs volontaires
La possibilité de demander un départ volontaire est ouverte à des catégories professionnelles supplémentaires, qui ne sont pas concernées par les suppressions de postes.
Cette mesure pourrait sauver jusqu’à 23 emplois en laissant partir des personnes le souhaitant, même sans être visées, évitant ainsi autant de suppressions de poste forcées.
De plus, le nombre de suppressions de postes est porté de 69 à 49 en raison des nombreuses démissions depuis l’annonce du PSE, ainsi que des ajustements du plan par la direction après observations du CSE lors de son information.
Des conditions de départ plus dignes
Toustes les salarié·es concerné·es, y compris ETAM, bénéficieront d’une ICL calculée selon les termes appliqués aux Cadres.
Elle sera accompagnée d’une indemnité supra-légale versée par l’employeur. La prime au départ volontaire est supprimée pour augmenter le montant de l’indemnité supra-légale. Nous avions pour objectif de protéger au mieux les personnes précaires et subissant plus de difficultés à retrouver un emploi, qui sont les moins sujettes à vouloir un départ volontaire.
En conséquence, tous les départs, volontaires ou forcés, seront indemnisés par la valeur la plus élevée entre les deux formules suivantes :
- ICL (cadre) + 13 000€
- 2× ICL (cadre)
Remboursement de la grève
Aucun jour de grève effectué entre le 13 et le 17 janvier ne sera décompté du salaire.
La caisse de grève va finir de compenser les jours grévés en novembre et décembre, la somme éventuellement restante sera reversée à la caisse nationale du STJV comme annoncé lors de sa création.
Conclusion
Nous tenons à remercier et féliciter les collègues pour leur mobilisation historique et victorieuse. Leur soutien et leur solidarité ont été exemplaires.
Tout cela n’aurait pas été possible non plus sans le travail acharné depuis 4 mois du CSE (élu sur liste STJV) et de la section syndicale STJV Don’t Nod.
Un immense merci également à toustes nos soutiens et personnes ayant contribué à la caisse de grève.
L’action collective fonctionne, c’est notre meilleure arme.
Bien sûr, ce PSE nous laisse un goût amer, et le combat continue aussi bien pour les conditions de travail des collègues qui restent que pour le futur incertain des collègues qui vont être licencié·es.
Il n’est pas et ne sera jamais satisfaisant d’assister à des licenciements. Nous espérons cependant que cette lutte posera la première pierre sur laquelle s’appuyer, si d’aventure d’autres boîtes n’en tiraient pas la leçon.
Vive les grévistes et vive la grève !
À bon entendeur
Nous le disions de Don’t Nod, nous le disons aussi de l’industrie dans son ensemble : le cirque, c’est fini. Nos efforts de conscientisation et de problématisation des violations grossières du droit du travail dans l’industrie du jeu vidéo portent leurs fruits, et la grève du 13 février l’a bien prouvé.
Nous soutiendrons les travailleurs et travailleuses dans toutes les entreprises du secteur pour obtenir de telles victoires, et d’autres plus grandes encore.